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Landreau Philippe

of

Coulonges Sur L'autize, France

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si le nu se pouvait nommer

by

Landreau Philippe


si le nu se pouvait nommer
dans le vif des mots ou le corps s'incarne

il y a dans l'ambre millénaire
dans ce rob très ancien
la mémoire retenue

le vol l'anophèle sont présences
des prairies ou déboulent
dans la flèche et le lièvre
fluidité et saisons

lorsque montent les nénies
dans leurs langes funèbres

ailleurs flottent mêmes nélombos

dans le cratère se mélangent
le vin et l'eau

nous sommes allés dans le thé du fleuve
moudre avec les morts le safran du partir
et le parfait silence parlait


Je ne suis pas précoce

by

Landreau Philippe


« Je vous construirai une ville avec des loques, moi!
je vous construirai sans plan et sans ciment
un édifice que vous ne détruirez pas_ »

Henri Michaux (La nuit remue)

Je ne suis pas précoce...

Pas eu le temps de toucher terre que déjà les escouades s'agitent...

« Qu'est-ce que vous dites? »

Ecoutez donc! J'ai des phrases qui bousculent et font crouler les colonnes de l'air. Ca fait mal dans les escaliers de penser monter puis redescendre, sale vertige! Je suis né d'accord, déjà coupable, affilié!
Il faut être un enfant avec du temps en dedans de lui et des permissions d'être!

« Et la raison? »

Pas le temps! J'ai des sources à prendre, des eaux lustrales à remonter.

« Mais, dites donc! Vous avez eu votre quota, la ration de cartables et de bouquets...! »

Ca va, ça va! Ramassez vos bénitiers! J'ai encore des souvenirs, le parfum des violettes et le carnaval des érudits psychotechniques:

« Métier que vous aimeriez exercer? »

Pompier! avec des incendies partout, des embrassements, des lueurs vertigineuses dans les yeux des filles et des salves, des crépitations d'enfance!

Dommage, vous étiez copies-conformes au réel, vous qui fûtes jetés dans la poussière des légitimités, des incarcérations, des vaccinations. Vous vous êtes votés dans des psychoses remboursées, assommés de palliatifs et de gesticulations! Je vous vois, je vous traverse. J'ai un grand mépris pour moi-même à travers vous, pliés, encartés, enfouis sous les mesures, dans de petites catacombes climatisées, médiatisées!
D'accord vous êtes télégéniques! Je vous aurais aimés arc-en-ciel, surtout en absence de la pluie...
Ah ! Que n'étiez vous fluviales intenses ou aériennes!

Vous vous inventez des amants?

Et alors! La fourmilière vous habite! Il faudrait qu'on vous touche une seule fois en plein bleu dans l'âme! Tremblez avant les vitrifications! Devenez transparents! Je vous rends vos matins... Comptez! Si comptez! Si quelque fois il vous en manque! Il aurait fallu un levier de courage pour pénétrer dans l'orage dissimulateur d'aurores_

Vous avez mal?

Changez d'arbres, retournez aux feuilles! Ne me dites pas que vous ignoriez que les chiens vous guettent avec des verticales capillaires, vous institutions, vestibules, formolisés!
Quelquefois le nanisme de votre pensée vous atterre, alors vous vous achetez un cri primal dosé à 45° et vous dites:

« Il ne m'aime plus, donc je bois aux couleurs perdues, je plonge dans la literie avec mes corps multiples et mes pulpes de gestes. »

Qu'est ce qui vous réincarne?

Je saute aux yeux! Je vous tendrai bien un mot, mais vous allez vous évanouir, cathartiques et brûlées. Il faut se reprendre, je me reprends! Je garde tout, avec le rien en prime. Soyez déconcertants, même s'il faut bien marcher!
En absence de surprise, je ferme les yeux,
le rouge m'étreint alors...

Ca c'est la méthode, ça ne marche pas toujours! Je veux bien que l'on m'achève mais, obstinément, avec bonheur!
Je ne suis plus à vendre, les usines m'ont gravé des punitions formidables, à vous couper le souffle!

Mes rivières?

Un jour je t'en parlerai, avec étonnement...
Arrêtez de mettre les mots hors d'usage! Accomplissez vous!

Quelle mécanique les amoureuses, nécessairement huilées et fondantes, aussi insaisissables que l'éclair et pourtant déflorées à la minute. Celle qui s'était habillée de rêves jusqu'à porter des lueurs jusqu'à l'extrême extrémité de ses doigts et qui pense que cela fait plutôt mal et n'ose pas vraiment s'imaginer qu'elle est devenue normalisée et saigne et pleure les restes de l'enfance.

Vous voyez ce que je veux dire?

Tu comprends, regarde, je mets des signes plein les mains. Tu vas finir par apponter, cesser l'hélice! J'en ai vu, mais impalpables ,cloués au sol, rivés au chloroforme, calaminés à mort!

Assez de rétrécir les images, vous venez d'où?

D'une grande précipitation! J'étais coincé derrière la page! Sacrée colère!
Ras le bol des poètes! On va les enfoncer dans l'acide des mots, faut leur jeter des églises à la tête, des archipels, faudra bien qu'ils rendent les continents dont on les a expropriés! On va les emporter dans le vaste le plus vaste et les jeter en sang, en mille dans les reliefs de la périphérie et dans le morne! Faudra qu'ils dégouttent! Ca va secouer! J'en mettrai au Cap Horn à rugir! J'en épinglerai un fagot au mur de la chambre, j'en tirerai un feu pour plus tard, quand j'aurai perdu, mais vraiment, toutes mes étincelles. Je dirai très précisément en regardant dans le miroir:

« Il est trop tard »

Ah ça! Il aura vraiment peur à regarder si loin, il feindra, tentera de n'être plus la cible! Mais, il faudra qu'il fonde, qu'il déménage avec ses pieuvres, ses circonvolutions, ses crécelles, sa dure-mère, ses hémisphères, tout ses abats!

« Il est quelle heure? »

Ne soyez pas obscène!
Il y avait en vous quelque part écrit: perdu d’avance.
Je vous parlerai bien en bief. Je ne sais pas retenir, m’imaginer vainqueur ou me faire greffer un ange pour passer inaperçu_

Ferme ça gueule de flic! On va t’apprendre les péninsules, te mélanger avec des succussions.

Halte là! On ne passe pas! Rendez tout! Votre bonne santé, vos cancers, vos femmes! On va distribuer au mérite citoyens! Changer de victimaires pour une fois, c’est dans l’organigramme.
Accélère tu vas carier, tu les entends déjà, tu les connais, ils sont là pour lyophiliser! Ils te demanderont de rendre ton étoile de shérif! Ca va barder!

« Vous avez vu dans quel état vous êtes? Vous avez fini de vous gaspiller, Narcisse! »

Pas facile de trier les rasoirs dans les mots. L’olivier cerne plus la montagne qui l’attend que l’aurore qui l’accomplit_ Ca fait beau comme l’inutile, ça rassure sur ses propres facultés mentales, ça tambourine! Jetez vos farines quand je vous parle! Sortez des cordes, baissez le ring, à la garde! Voguez, voguez! Soyez fermes lorsque vous approchez du lit. Il devient incohérent? Il parle, il lui sort des viscosités, il a une ruche dans les poumons. Je sais que s’il voit que je le regarde il va s’atrophier.
Si je pouvais vous mentir pour que vous n’ayez plus peur, mais vous deviendriez redoutables, aiguisées. Je vous préfère émues, lentes et fragiles au creux d’un été adolescent scintillant d’orages.
Remboursez, on nous a tués et nous ne jouions plus! Je finirai bien par rentrer à la maison, sacrifier les fumées. Il y a un fou qui dompte la lune. Il compile des logarithmes. Celui là je vais l’user, le démantibuler, le cuire en douce, le refiler aux gens du guet! Ca finira en estrapade ou au marteau-piqueur!

Foncez! foncez! Voilà le déluge! Mais, mais_ Il est partout! Je vous l’avais bien dit que ça finirait mal. Pourtant, je ne savais pas, trop contourné. Il aurait fallu pouvoir s’arrêter, cesser d’être flagelle, dénoyauté.

« Quand finirez-vous de vous moquer du monde? »

Attendez ! On vous a aveuglés, tu perds tes planches, tu n’as plus d’assiette, ça ne plane plus, il vous manque des pièces, des éléments de printemps. Vous ne savez plus que viser, mais au bout de la ligne droite vous imploserez dans des saisons saines !
Ecoutez moi ! Ecoutez! Hep! vous!

« Qui ça moi? »

Oui, vous! Qu’est-ce que vous pensez de tout ça?

« J’sais pas? Je passais_ »

Je vous interdit de passer! Ecoute! Y’en a un mort de trouille dans un coin, tellement enfoncé qu’il est devenu la forme du coin, emplâtré, il faut lui lancer des cordes épaisses, des lianes, tirons le de là! Il faut le harponner, le dévisser. Il ne sait plus rien, il n’a même plus de langage!
Ah bon, vous vous en foutez? Ah ! Vous aussi ils vous ont mis à bouillir dans le Décalogue, pimenté de sénescences, de démences précoces et de travaux forcés!

Mais, qu’est-ce qui passe là? Fait gaffe, c’est la mort tu crois pas? Si ça ressemble_ Eh dit donc, ça va vite, combien de chevaux? Ca tire sur le double-corps! C’est géant, mais ça consomme, pardon! Tout y passe!
Eh toi, va donc souffrir plus loin tu permets!
T’as payé?
Et puis quoi? Casse toi avant que je te transforme en salade intermédiaire, en errance, en monument indéchiffrable!
Qu’est-ce qu’il dit?
« L ‘amour des hommes? »
Vas-y lance lui des Chilis! Des Der de der dures comme fer! Sert lui des hécatombes, emmanche le dans des rafales, graisse le dans toutes les formes d’urnes, dans tous les sens. Qu’il verse, qu’il plie. On va le faufiler avec du barbelé, le miner avec du désespoir, le mettre en vrac, en Viet, le faire pousser dans du bambou, le laminer, faut le Balkaniser!
« Arrête! »
Quoi!
« Arrête! »
Tu deviens improbable à fulminer! Va ranger tes tempêtes entre les piles des draps avec la lavande, là où s’épuisent les formules endolories de la beauté.

Je sais, je sais, les mains vides, plus de présent!

«Et l’espoir? »

Circulez, la place est prise! Eh madame! Allez donc rendre la prairie que vous dissimulez sous votre chapeau, sinon je vous rouille en bloc, d’accord! Vous ne me ferez pas prendre vos troubles neurovégétatifs, vos énurésies de prières en mon surmoi! Vendez tout pour une belle érection! Foutez moi donc la paix, vous voyez bien que je suis occupé à transgresser! Je ne suis pas en chaleurs, c’est l’été qui fabrique des mutations! Est-ce que vous surréalisez ce que vous dites?
Vous avez mangé de la grenouille! Et il vous pousse des éruptions batraciennes entre les cuisses? Quel bonheur, entrez donc! J’ai ma caisse à outils! Vous voudrez bien que je me clone à vous, mais vous ne savez même pas tendre votre main!

Si seulement je naufrageais! Larguez les amarres! Ca catapulte! File moi le presse-purée mon amour, moulin mouline, et je ferais de toi un gâchis Parmentier!
Ah! Il faudra bien que je leur dise que je les aime, toutes ces quintessencielles! Charcutiers, cela ne vous dérange pas que les porcs gueulent comme des enfants lorsqu’on les égorge? Les connotations vous échappent? Il y a une part de mystère que vous ne trouverez jamais à fouiller là dedans, c’est foutu!
Pourtant, il faudra bien que le système se déloque, qu’il rende gorge, qu’il arrête de japper ses sauces vermoulues!
Nous sommes innocents!

« Des preuves! »

Nous sommes obstinés! Ca vous amuse vous? Si vous continuez je vous raconterai une histoire, une vraie nécrose. Je ne veux pas vous faire mal pour rien, mais vous lancer dans le possible, vous épingler au minimum. Vous aviez cru à votre crucifixion? Cumulo-nimbus! Tu vas voir ce que tu vas voir! Ca va pleuvoir de la vraie tristesse, pas du coulis mais du liant, un bon mortier, pas de la confiture, des conglomérats, des mayonnaises, des fixations, des briques, pas du virtuel, des soupes paysannes, du smog, des ruptures d’anévrismes aussi!

Parlez moi du bonheur! Je vous soupçonne de vivre à crédit, au-dessus de vos moyens. Je suis sûr que vous avez des silences, que vous vous dégainez parfois, que vous vous éboulez de vos cravates et des rythmes, des sacerdoces!
Je sais, je sais, vous vous êtes peint de forcené, enfoncés des sourires, des remugles, de la phraséologie :

« Merci, vous de même_ »

Je n’ai pas à pardonner, je dis la révolution a vingt ans, après elle manque de souffle, elle fait le vieux beau, elle procédure! C’est facile hein! de tout prendre au vol! Mais, personne ne t’obliges à toujours te déléguer, à porter le flambeau, à te mimer, à t’éliminer dans des calculs de carrière. Refuse! Refuse! Toujours! Ca c’est la santé, la belle santé, propre comme un catalogue avec des filles chantournées dans des vitrines intouchables. A rêver? Peut-être? Je ne suis pas infaillible.
La vie m’a débondé, je coule, je suis tonitruant d’un fleuve jacassier! On dirait pas mais je pèse mes mots, je suis un analphabète concerné d’approches, cerné par le courage du dire. J’explose en explorations du vide mais, c’est fort.

« La nécessité? »

Je la prends aussi, plus encore que les formes épouvantables d’un cri!

Vous parlez du délire? Vous êtes sous pressions? Combien? J’ai oublié! J’ai oublié! Dites rappelez moi votre nom? La conscience, je dis la conscience! J’étais désemparé, je naviguais sur l’huile, il faisait trop beau pour que cela soit vrai, c’était vrai. J’accédais au silence, c’en était fini d’en découdre avec le vide, je devenais famélique, les circonstances tombaient, j’avais muré le solitaire. J’explosais mais vraiment dans les sens tragiques du soleil. Je devenais compréhensible, vous pouviez étancher. Je vous aurais donné mon épaule pour tenir. Où étiez vous tombés, dans quelle tessiture?

J’ai une image de toi inviolable, prismatique. Une image qui ne se savait plus. Epuisante, parce qu’elle se cherchait et ne pensait plus qu’en grincements. Et tu tombais à vide et tu tombais avide alors, je t’ai donné mes yeux. Qu’est-il resté de moi, tout, je crois, tout! Je n’ai pas encore appris à mépriser. J’ai une image de toi pathétique, consumée dans la distance_

Personne n’a jamais donné une définition tangible de la poésie. Elle vaut cependant par tout ce qu’elle est, dogme et indéfini. Entre les deux, s’il importait de trouver une voie ou même un endroit où s’accomplit le mystère de s’écrire (de s’écrier parfois) avec un tel narcissisme , une telle naïveté, tandis que l’on ouvre une porte sur le vide, il n’y aurait que le néant, celui de soi et celui des mots. La poésie contemporaine, plus encore que celle des siècles passés devient, à de rares exceptions, une introspection, souvent glauque, non pas de son propre mystère, mais de son propre dénuement. La poésie est bien en cela un reflet du monde dans lequel elle s’enracine (comme d’ailleurs tous les médias) mais, elle n’est pas un levier du changement de celui-ci. Sa « vertu », comme les propriétés des simples, serait en s’extirpant d’un langage ésotérique et d’un nombrilisme exagéré, de rendre compte de cet usufruit du temps qui nous est donné. Le poète se trouve ainsi souvent
dans une situation « Buzzatienne » attendant un ennemi qui n’est autre que lui-même_


Comprendre le labyrinthe

by

Landreau Philippe

Lorsque après lente digestion et les siècles après siècles accumulés s’effondrent autour d’un feu de brindilles sèches lentement consumé reste la cendre du glacier cette plaine sale des écumes et de la mémoire un vol de mouettes aux cris d’acier qui déchirent la trame du mouvement ce silence
le geste est un cri blanc qui bouge les ondes l’ocelot du vocabulaire ramassé dans un seul bond furieux vers les hauteurs et la distance

et c’est ici que la mer avec ses bêtes bleues ces lamantins des vagues déroulent les anneaux d’embruns les papyrus les palimpsestes les crues des plumes jaillissantes mouillées de vent salé et de graines de pluie coulées dans le ventre des eaux

et c’est ici que la main prend la forme immuable du cri à travers les chemins de ronces dans les dédales ce forage de soi avec la confrontation d’ une fumée très froide et le bruit de l’orage sur le toit de phonolite

tandis que comprendre qu’avec ce sable transparent jusqu’à l’invisible se bâtissaient lentement les murs du labyrinthe

Submit a poem for analysis.

Merika

by

Landreau Philippe

You believed you can open this door
just like that
(what you mean is hooked in a move,
head or hand waving, this is the truth
because i am Merika...)
but nobody wrote on the snow of ages
that there has been a way, a path
behind it(if this door does exist?)
the sun was desperatly down
deaf and speechless looking at
another day coming
without god to say
open that door that doesn't exit
even if you are that door
and nobody else can find the key

Poetry Competition

La nuit au bord du gouffre

by

Landreau Philippe


Tout un instant pour respirer
avant que ne reprenne l'instance
qui tient lieu, en ses semonces, de réalité

Ce n'est pas ici un bal de poupées de chiffons
mais quelquefois ce qui tremble
sous la lumière crue rappelle des visages
ces icônes des livres dans leur cruelle immobilité

Le sens qui pouvait prendre la forme
d'une morte sous les couleurs sépia

Et ces foulards de vent des robes
ces souliers d'enfants infiniment légers,
sauf la légende : étranges mots
pour désigner l'absence

Pourtant les images n'en finissent pas
de ne pas vieillir, kurdes tchétchènes
arméniennes irakiennes
comme si rien jamais ne pouvait changer
comme si rien jamais ne devait changer

ni ne devait remonter de la conscience
tout ce qui fut celé
sous la pierre de l'indifférence
tout ce qui fut rejeté
avec l'idée même qu'il fût possible de puiser
en soi cette tremblante clarté qui retienne
un peu la nuit au bord du gouffre

Best Phone Rates EVER!

(Am) Erika

by

Landreau Philippe


Nobody will stuff back words and images
inside the TV screen
like a bleeding package of reality to forget
even if the cold and dusty light of September
pours into my bones)
"towers.. twin.. on.. crashed.. planes.. two_."
and the dead will not wake up smiling
in a flash back from the virtual glittering
and sparkling reality show
hidden in the hole of nowhere
no marvel no rosebud will grow in Baghdad
only the smoky black flower of death
on the oil fields

You will stop eating Big Mac of Bible
half digested and throw staccatos of
insipid priers to heaven
this country is smaller than a drop of rain
not only one thought can make the river flow
to fertilize the whole land of spirit

Submit a poem for analysis.

War will end at seven pm

by

Landreau Philippe

War will start at seven pm on monday 3 of march
and will end at seven pm on friday 14 of march
because of the Week-end
our boys can't afford strong heath
and they are not yet planned for that
This laps of time has been computerized
by our best specialists

by the way...
you will die on tuesday 11 at nine thirty
unfortunately you will not heard of it
so that you should better have a flu
or something stronger

because instead of being reduced to ashes
by our technology
you will be shot by our common ennemy

I would like to assure you that you will
not suffer and that the job will be correctly
executed

good bye because i will be deconnected in a few seconds...

Poetry Competition

Ceux qui marchent

by

Landreau Philippe


C’est le temps galop, passe vite, ce qu’il fallait voir. On restait là, avec nos grandes mains vides, pleines de confusion, tellement de blancs à remplir. Comment dire soi, s’identifier, où, qui, comment, l’on est, ensemble et seul, comment sommes devenus lents, éblouis, désenchantés, exilés. On écoutait pourtant, les mots étaient grands, pas plus grands que les nôtres, mais plus vastes de pouvoir être prononcés, sans risquer d’en mourir. Mais, on était pas là pour les mots. On était là. Ce n’est pas qu’on voulait. Au fond, on ne voulait pas vraiment, mais, on avait pas le choix.

C’est aussi la vague du temps, qui te roule, t’enroule, dans les écheveaux furieux des écumes, l’illusion, te laisse haletant, inutile pierre au fond, noyée, un peu quand même heureuse, elle, d’exister encore, par le ressac, portée. Grande respiration pour remonter, le souffle médusé d’être là.

Ceux qui marchent en grève d’eux-mêmes, collés à la lenteur. Ceux qui ne disent plus : quelque part c’est le pays, vin, palmes, olives, ciel céruléen. Du bleu dénudé, sans langue pour pouvoir dire la démesure, personne n’écoute, personne n’entend. Mais, les doigts très loin, plongent, disent, arrachent. Regarde ! Ca! c’est le coeur de la distance tavelée. Cà! le doute, paysage des ongles cassés, gale du ciment, desquamé. Qui va me rendre l’ombre des pierres du chemin, où je pouvais vieillir, accompli, au soleil, sans paroles inutiles, écouté.

Maintenant, il n’est plus temps de repartir. La nuit va plus vite que ton pas. Pourtant qu’elle est lente à venir. Un jour nous marcherons ensemble dans la même lueur, pas de colline, pas de l’eau, hauteur et vigilance, chaleur retrouvée. Peut-être, mais ça tu n’y crois pas, fais semblant de croire que c’était là le beau temps, alors qu’il était serré en toi, avant le doute, la racine saxifrage du doute. Ils sont morts ceux qui disaient « y’a qu’a se baisser pour ramasser » Mais tu t’es tellement baissé à t’en casser le dos sans jamais rien récolter. Ceux qui disaient « travail » dans toutes les langues de l’espoir, avec l’avenir brillant dans les yeux et l’illusion, poussière des chantiers, boues, sueurs et la peur, de n’en pas revenir, en grappes humides, collée, contre ta peau.

C’est que le temps va trop vite, éclairs, pluies, vents, tonnerre, déjà sommes passés. On tenait bon pourtant ! On tenait ! Ils sont partis ceux qui disaient « vous êtes le sel de la terre, l’humanité » tandis qu’on mangeait les bouillies froides des solitudes et du silence, dans la nuit gluante, barattée par l’ennui. N’importe où, pour monter des villes géantes, des villes arrachantes, des villes désespérées, à murer les soleils, armés de nos âmes, à force, granitées, dans les rasades ivres du vent, pour seule compagnie. Chaque tour qui montait nous enfonçait plus profondément encore dans le doute. Quand est-ce qu’on vit un peu? Quand est-ce qu’on vit?

Ils ne passeront pas, mais c’est nous qui passions. Chaque fenêtre qu’on ouvre dans ce pays sur nous se referme. Chaque porte, chaque clôture, nous emmure un peu plus encore dans l’absurdité. Nous n’étions pas de ce pays. Nous n’étions pas de ce pays. Nous sommes ce pays, pierre à pierre, sang à sang lentement.

Vous écoutez à peine. Vous dites « j’irai bien là-bas. » Pourquoi rendre encore plus nue la nudité , absolue la pauvreté, pour toucher, retoucher, numériser l’exotisme, le désespoir indigène. N’êtes-vous pas aussi indigènes, avec en plus, l’indigence de l’esprit.
Ceux qui viennent maintenant, le flot indescriptible de la détresse ne se tarit jamais. Vous en fabriquez des générations qui ne sont pas encore nées. Ceux qui viennent, qui nous ressemblent, avec leurs soleils pliés dans d’informes bagages d’air, coeurs tambours ensevelis sous les linges avec le sable des mechtas, l’eau des oueds encore limpide, mais salée dans les yeux. Générations fellahs des grandes banlieues taguées par la désespérance, sans terres, sans paroles, sans musique, que le bruit des machines à détisser, dans le cambouis et les rouilles, le racinement. Là seront arasées, la mémoire et l’histoire, comme fut laminée la notre, bien avant, sans qu’on ne puisse en retrouver une trace tangible, sauf dans ce mouvement interminable de ceux qui viennent, de ceux qui sont venus, de ceux qui viendront, corps de soleils noirs, corps djembés, ne trouvant plus le rythme, corps rizières, tiges repiquées sur les balcons sans eau, sans sommeil, corps mousson, simoun, Khamsin, a
lizés, corps de steppes, de plaines, de toundras, corps égarés dans les dédales de la rose des vents, désertée, lorsque vous perdez parfois la route qui ramène à son âme, l’oublié. Nous sommes l’humanité qui marche, dans les barbelés, les épines et chaque pas fait ensemble, écarte le néant. Nous serons là, toujours, dans les fleuves immenses de nos pas, goutte à goutte, irrigués, Amazone, Amour, fleuves jaunes et bleus, fleuves de poussière désagrégée, Nils réunis par nos pas, mers de poussière, rouges et noires, soulevées par nos mains, jusqu’à les traverser, pour enfin revenir au pays, le pays en nous-mêmes.

Mais ça, c’est le rêve du samedi soir ou même du vendredi, lorsque l’on refait le monde à la table d’un bistro, sous la tonnelle et les rires feutrés, que tombent les murs de Berlin, de Prague, de Varsovie, que résiste à l’impérialisme, Bagdad, qu’il faudrait pourtant délier, que se dessine, dans les bulles de Champagne, les derniers verres d’ Ouzo de raki ou de vin vert, une carte imaginaire de la Palestine libérée, sur ces petites terrasses, aux silhouettes anonymes, des cafés (ne vous êtes vous jamais demandé, pourquoi cette absence?) que peignait Van Gogh, en accrochant, au-dessus, des étoiles, pour rappeler que l’humanité ne tient qu’à un fil dérisoire, dans la clarté finissante.

Ca c’est votre poésie, votre hérésie poétique et politique, qui ne dit jamais comment cela se termine, vous écrivez : nous reviendrons, avec nos os moulus, notre peau en lanières, tannée, nos corps envolés en fumées dans les démences, un beau jour de soleil, pour serrer encore vos mains sérieuses et fortes et que tout sera, biblique, comme au premier jour. Mais d’où pourrions nous bien revenir? L’âme désagrégée.

Avez-vous oublié que le rêve s’use et s’éteint, à force de tragique, à force de rien, d’absence, non de ce miracle que l’on attendait pas, mais de ce probable mirage où sombre la lumière pour pouvoir, équilibriste au-dessus du vide, traverser, la seule, la dérisoire, mais, l’unique vie.
Je sais qu’il faut rompre, le pain autant que le silence, pour les partager. Ce que l’on ne dit pas est à jamais dispersé, comme ce que l’on dit, sans doute, mais il aurait fallu le dire, même si nous devions en mourir. Mais, jamais personne ne nous a posé la question. Combien pèsera, le fardeau, de ce qui n’est jamais arrivé.

Il y eut des escaliers innombrables pour descendre en soi, des gouffres quotidiens. Ce ne fut pas le malheur, mais du temps en panne dans le temps, des heures, des jours, des années, des siècles immobiles. Personne ne voyait les ailleurs, felouques lignifiées dans les Sargasses de la mémoire, vents englués dans les nasses du vent et les fruits refusés, l’ossature des odeurs perdues, le mystère des femmes jamais oubliées, des femmes imaginées, lorsque le corps, le supplicié, poisson étouffé, submergé, ensemence de sa laitance rauque les draps rêches du lit.

Il y eut des jours à la rame, des jours mis en panne, pour oublier, mais rien ne peut s’oublier, qui ne revienne battre, encore plus fort, au fond, ses aigres litanies. Cela doit il être, non, ce qui sera, est, déjà. Mais il n’y avait pour toi, que des murs à monter pour traverser tous ces siècles éreintants. Le voilà, ton pays perdu et retrouvé, ton maigre viatique, Grandes murailles de la Chine et de la douleur où ton nom multiple, ton nom unique et indivisible, ton nom à jamais inconnu, inscrit son néant, pyramides levées des martyrs antiques, routes pavées de milliers de vies soufflées, à travers les jungles, à travers les démesures, les barrages irrigués par le souffle et le sang, les terres fertilisées par nos chairs dispersées, mais ce n’était pas celui que tu appelais.

Entendez-vous, ceux qui marchent sans bruit, ceux qui ne demandent rien, que de vivre, ceux qui marcheront encore longtemps, dans le silence, l’indifférence, la dignité refusée.

(Dilah)

De l'inquiétude en poésie

by

Landreau Philippe


Les poètes sont les navigateurs de l'ultime découverte. Il leur faut forcer le passage vers les nouveaux continents, passer le Cap des tempêtes, craindre que la mer aimantée ne les fixe puis les engloutisse, les englue à jamais dans la poix des Sargasses ou qu'à son extrémité le monde s'arrête et qu'ils ne tombent dans l'infini du néant.

Comment ne pas craindre de prendre le large et comment résister à cet appel de l'inconnu qui est cet ailleurs de l'en soi, la cartographie de son propre voyage intérieur.
Le poème en est le portulan, le lieu possible de la halte, à condition que la description en soit réelle et qu'elle mène là où "mettre à l'ancre est possible. "

(Bartolomeu Dias part de Lisbonne au mois d'août 1487. Son expédition est composée de deux caravelles d'une nef de transport. En plein dans une tempête, il double sans le voir le sud de l'Afrique. Il remonte vers la baie d'Algoa où son équipage se rebelle. Bartolomeu Dias retourne vers le Portugal. Longeant les côtes, il reconnaît la pointe qu'il avait doublé et le nomme cap des Tempêtes. Jean II le rebaptisera cap de Bonne-Espérance. Fin 1488, Bartolomeu Dias entre à Lisbonne.)

Perdus en mer, sur une route décharnée, mer de clous et de rixes dans un si lointain voyage sur les cheveux rouges des vagues. Une nef sur l'océan de cuivre dont les coups de ciseaux a froid ont découpé en lambeaux, en lanière les voiles. Les vivants comptent les morts qui leur ressemblent, ces faces ivoirines, ces mâchoires dévorées par le scorbut. Pas de prières ni d'oraison funèbre...

(Au XVème siècle, les croyances disent qu'après l'horizon il n'y a plus rien. C'est le vide. Pourtant, des européens vont trouver le courage de naviguer au-delà de cet horizon. Ils découvriront l'Afrique australe et ce nouveau continent qu'est l'Amérique.)

S'il n'y a plus rien, alors la poésie peut commencer, derrière l'horizon qui est derrière le vide. Lorsque toutes les preuves se sont effondrées et qu'il ne reste plus que le courage de dire.

" Terre ! Terre ! " mais, ce n'est qu'un mirage d'îles, nuage qui se détache au ras des flots, des fantômes d'arbres, des volutes de lianes de vent, des éboulis d'air et des sources d'embruns. La terre est ailleurs, à moins qu'elle n'ait disparu, engluée dans la nasse immense du vide.

(La connaissance de la Terre est quelque peu erronée pour les européens du Moyen-age. Pourtant, dès le IIIème siècle avant Jésus-Christ, un grec, Eratosthène fait des mesures précises de la rotondité de la Terre. Les invasions européennes des siècles suivants font oublier ses avancées antique. Elles contribuèrent à répandre l'idée que la Terre est plate et qu'au bout de ce que nous voyons des mers, c'est le vide. Ainsi le monde connu des européens est limité à la Méditerranée, avec au plus au nord la Scandinavie (au delà c'est le grand froid) et au plus au sud l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient (plus bas c'est la chaleur insupportable).

Il y a forcement quelque part en soi un espace où le poème peut prendre pied. Une " Terra incognita " en laquelle un souffle, une respiration " inventent " la géographie de ce voyage duquel personne ne reviendra indemne

(Au début de la Renaissance, le courant humaniste entraîne un regain d'intérêt pour les écrits des anciens Grecs. En 1406, l'une de ces traductions concerne un ouvrage de Ptolémée titré la Géographie et dans lequel il affirme que la Terre est ronde et présente une façon de construire des cartes par projection. Dans cet ouvrage il propose un atlas en vingt sept cartes. Comme Ptolémée se trompe dans le calcul de la circonférence de la Terre, les Européens du XVème siècle en déduisent des erreurs comme pour l'Asie qu'ils voient très grande, situant le Japon où se trouve en fait la Californie.)

La rotondité de la terre appelle celle de la poésie lorsque celle ci affirme qu'elle est le dernier lieu, la dernière croyance et le dernier espace de liberté dans un monde devenu irrémédiablement désenchanté

(En même temps que les connaissance géographiques, la technique évolue également. Les arabes introduisent l'aiguille aimantée servant à indiquer le pôle magnétique. Celle-ci sera améliorée par les italiens qui inventent la boussole. Pour se repérer en pleine mer, les portugais vont adapter un ancien appareil pour en faire l'astrolabe. Ce dernier permet de mesurer l'angle entre un astre (souvent l'étoile polaire) et l'horizon. A l'aide de tables astronomique, le navigateur peut ainsi déterminer sa latitude.)

Superstition ! Malédiction ! La pluie s'éteint, le vent cesse de couler, la mer resserre son étreinte collante. Tout est devenu immobile, terriblement immense dans le puits du silence. La terre de quelque part doit bien venir vers nous...

(L'Europe a connu au XIVème siècle des évènements qui ont décimé sa population (guerres, peste en 1348). Le Portugal qui est plus épargné par ces maux est la première nation à se lancer dans de telles aventures. C'est un petit pays comptant beaucoup d'habitants et qui a besoin de s'approvisionner à l'extérieur. De plus, le commerce en reprise dans toute l'Europe, réalisé en or dont le circuit commercial est contrôlé par les arabes, pousse les portugais à vouloir s'approvisionner directement aux sources, en évitant les intermédiaires.)

Eanes, pourtant avant nous est passé, doublant Bojador, le cap des mystères. Mais, nous nous sommes enlisés dans le ruissellement rouge des sables du silence croulant des barrières de la côte africaine. Perdus au large nous ne bougions plus.

(C'est pour des motifs économiques que les expéditions se réalisent. Après l'or, ce sont les épices qui poussent les européens à naviguer sur les mers. Très prisées par les classes aisées qui en consomment beaucoup, ces dernières sont chèrement achetées à l'Inde. De plus, en 1453, Constantinople tombe aux mains des turcs, hostiles aux chrétiens, coupant la route terrestre d'approvisionnement en épices...)

Nous ne bougions plus, l'Afrique nous tendait ses soies, ses ors, le poivre et le musc. Pourtant, nous ne bougions plus...

(C'est le Portugal, qui le premier, se lance dans ces expéditions à l'assaut de l'inconnu. Les premières expéditions sont financées par le prince Henri jusqu'en 1460. Il désire explorer les côtes de l'Afrique, au sud du Maroc, pour récupérer l'or du Soudan.)

Ah si la côte enfin nous arrivait sous la voile, avec le vent bleu des promesses. Revenait comme prière depuis longtemps oubliée, que mot à mot l'on se rappelle. Une terre même pelée par la gale où poser le pied par la grâce du roi Jean II.

(A la mort du prince Henri en 1460, c'est son neveu; Alphonse V qui poursuit ses ambitions. Ayant un sens plus accru des avantages économiques à en retirer, en 1469, il concède des licences d'exploitation et de commerce à Fernao Gomes mais sous conditions. Ce dernier va au-delà de l'embouchure du Niger. Alphonse V en profite pour lancer plusieurs campagnes à l'intérieur du continent africain contre les souverains musulmans.)

Le 21 septembre 1532, nous quittâmes San Miguel par la porte du sud, en direction de Caxamarca. Nous voulions vaincre avant tout ! Comment ? Nous l'ignorions encore!

(En 1481, Jean II monte sur le trône. Les expéditions atteignent la Namibie et l'Angola. En 1487, Bartolomeu Dias atteint les côtes de l'actuel Angola. Longeant les côtes, il se dirige vers le sud pour découvrir les terres les plus australes de l'Afrique qu'il atteint pratiquement en quelques mois. Au retour, il découvre la pointe sud de l'Afrique qui est nommée Cap de Bonne Espérance par Jean II en 1488.)

Nos maigres rangs s'éclaircissaient à l'approche de la ville où se tenaient le souverain et ses hordes fanatiques. Quatre jours d'indécision au pied de la cordillère, sans que nulle force ne vint étoffer notre
escouade.

(En 1500, Pedro Alvares Cabral aborde le Brésil qui devient possession portugaise. Il se rend ensuite en Afrique, à Calicut où il lutte contre les marchands musulmans.)

Nous balancions tour à tour entre la tentation de fuir et l'appât des découvertes. Jusqu'ici, nous résistions, dans la moiteur étouffante et les fièvres, dans l'horreur du sang versé., happés par l'immensité du vide, l'immensité du nombre de nos ennemis et la soudaineté meurtrière de leurs embuscades.

(Les portugais, cherchant à maîtriser le commerce aux Indes mais par l'est, ne montent pas d'expéditions vers l'ouest. C'est l'Espagne qui se lance dans cette aventure. Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille accepteront de financer l'expédition de Christophe Colomb en 1492. Ce dernier cherche une route vers les Indes mais en passant par l'ouest.)

Personne ! Personne ne vint pour nous affermir. Alors, commença à germer l'impossible. Sans renfort pour nous épauler, sans plus attendre commença l'escalade des Andes.

(Christophe Colomb part le 3 août 1492, avec trois caravelles et quatre vingt dix hommes d'équipage. Le 12 octobre il atteint une île qu'il baptise San Salvador. Il accoste à Cuba le 26 octobre. Il croit qu'il est au Japon (appelé Cipango à l'époque). Le 6 décembre il arrive à Haïti.)

Vents ! Vents hurlants sur les dalles vertigineuses de la mort. Chaque pas nous délivre, chaque pas est un cri.

(Les découvertes de Christophe Colomb ne rapportent pas en terme de richesses (épices, or) toutes les promesses. Délaissé par le roi d'Espagne, ses biens confisqués, il doit retourner en Espagne. Il meurt en 1506.)

Lutte, lutte d'équilibristes qui refusent les gouffres. Les cités d'or brillent dans l'ardeur des lointains, sous la mer uniforme des nuages que nous surplombons. Nous tiendrons, rocs de glace vivante encore, sur les hauteurs chaussées de froid, dans les repaires du condor.

(Amerigo Vespucci parle en 1504 de terres explorées comme "d'un nouveau monde". On commence à douter du fait que les territoires découverts par Christophe Colomb soient l'Asie. C'est en l'honneur de Vespucci que l'allemand Waldseemüller l'appelle Amérique, lui en attribuant à tort sa découverte.)

Plus haut ! Plus haut, toujours, encore. La cordillère nous aspire, nous enserre, nous retient de son étreinte terrifiante dans l'air raréfié des sommets.

(Grâce à Magellan, il n'y a plus à avoir de doute. Ce dernier, portugais, accusé de malhonnêteté, propose ses services à l'Espagne.)

Orages, neiges, glaciers nous dérochent, lézardent notre raison, érodent notre avance. Les piments de l'air fouillent nos poumons et nos doigts se consument sous les lampes multiples du gel.

(Il part le 20 septembre 1519 avec cinq navires et deux cent soixante hommes. Le 21 octobre 1520, il découvre le détroit qui porte aujourd'hui son nom (entre la pointe sud de la Patagonie et la Terre de feu). Son expédition dure trois ans. Elle coûte de nombreuses vies dont celle de Magellan, tué en avril 1522. En septembre 1522, les rescapés, au nombre de dix huit, rentrent à Séville. Son expédition a cependant permis de découvrir le dernier océan inconnu et de faire le tour du monde.)

Les candélabres de l'aurore raniment notre marche délabrée, ses lueurs nous ravivent et ses ors nous tourmentent. Le disque du soleil nous rappelle à la vie qui nous avait oublié.

(Les découvertes de Christophe Colomb font de l'Espagne une puissance coloniale rivalisant avec le Portugal. Le traité de Tordesillas, signé en 1494, permet de définir une ligne de démarcation. Elle passe à 2000 km à l'ouest des îles du Cap-Vert. L'Espagne aura les terres à l'ouest de celle-ci, le Portugal à l'est.)

Altiplano ! Ponts de lianes jetés au-dessus des abîmes. Retenir nos chevaux au bord des précipices et des roches branlantes, tailler les escaliers abrupts qui font défaut dans les murailles sonores grêlées des diamants noirs du verglas.

(Les espagnols souhaitaient conquérir les terres américaines pour y trouver de l'or. Ils se confrontent à des civilisations, les Aztèques au Mexique, les Incas au Pérou. C'est Hernan Cortes qui investit le Mexique entre 1519 et 1521. Pour le Pérou, ce sont Francisco Pizarro et Diego de Almagro qui en feront la conquête entre 1532 et 1537.)

L'empire se désagrège dans les désordres de la succession. Nous craignions quelque piège. Les forteresses sont vides. Où sont les quarante mille guerriers du Seul-Inca qui balayeraient, comme fétu, soixante fantassins et les quarante cavaliers qui me restent!

(Ces conquêtes entraînent la disparition de ces civilisations. Près de 95% de la population disparaît. Certes, ces conquêtes donnent lieu à des actes de violences, voire d'atrocité. Mais toutes ces pertes ne peuvent leur être uniquement imputées. En effet, les conquérants ne souhaitent pas détruire ces peuples, ayant besoin d'eux pour extraire les richesses convoitées. La cause probable de cette lourde perte démographique serait plutôt l'introduction involontaire par les européens de maladies infectieuses telles que la grippe, le rhume, la rougeole ou la variole. Le système immunitaires des peuples américains ne sont pas efficaces contre celles-ci. Ces maladies toucheront principalement les enfants. Devant ce déficit de main d'oeuvre, les espagnols recourent à la traite des noirs, les emmenant en Amérique.
Ces découvertes entraînent des évolutions dans la pensée européenne, ces derniers rencontrant d'autres civilisations. De même, ils découvrent une nouvelle flore, une nouvelle faune et des cieux dans l'hémisphère sud abritant des astres jamais vus dans l'hémisphère boréal (comme les nuages de Magellan par exemple qui sont des galaxies satellites de la Voie Lactée). Toutes ces découvertes mettent à mal les théories établies de cette époque.)

Je venais parler d'une question sous-jacente de l'écriture poétique, de ce qui la sous-tend. Nous pourrions parler sans trop dévier de notre route d'un voyage des Grandes découvertes et des grands vents le souffle qui mène à condition d'en prendre le risque au large de soi-même. Mais, quel pourrait bien en n’être l'objet, sinon une tentative démesurée de se comprendre, de se regarder au-delà ? Avec quels outils ?
Existe t'il au-delà des formes, des formules et du sens une communauté de l'écriture poétique et dans la diversité une unité? Je le crois volontiers, avec des nuances cependant. Ce n'est pas dans la qualité au fond qu'il faut chercher les éléments moteurs de communauté de l'écrit, je ne suis d'ailleurs pas critique, mais bien sur dans la thématique. C'est pourquoi j'ai intitulé ce passage " De l'inquiétude en poésie "
Lecteur attentif je vois bien que seule la forme renouvelle le fond. Car il y a un véritable tronc commun qui est une adresse de soi au monde pour l'interroger en miroir, savoir s'il porte les mêmes stigmates, mêmes doutes, mêmes douleurs, s'il parle la même langue d'inquiétude pour passer, traverser.

la partie documentaire de ce mélange de deux nouvelles et de réflexions autour de la poésie provient du site Les Grandes Découvertes

De l'inquiétude en poésie

by

Landreau Philippe


Les poètes sont les navigateurs de l'ultime découverte. Il leur faut forcer le passage vers les nouveaux continents, passer le Cap des tempêtes, craindre que la mer aimantée ne les fixe puis les engloutisse, les englue à jamais dans la poix des Sargasses ou qu'à son extrémité le monde s'arrête et qu'ils ne tombent dans l'infini du néant.

Comment ne pas craindre de prendre le large et comment résister à cet appel de l'inconnu qui est cet ailleurs de l'en soi, la cartographie de son propre voyage intérieur.
Le poème en est le portulan, le lieu possible de la halte, à condition que la description en soit réelle et qu'elle mène là où "mettre à l'ancre est possible. "

(Bartolomeu Dias part de Lisbonne au mois d'août 1487. Son expédition est composée de deux caravelles d'une nef de transport. En plein dans une tempête, il double sans le voir le sud de l'Afrique. Il remonte vers la baie d'Algoa où son équipage se rebelle. Bartolomeu Dias retourne vers le Portugal. Longeant les côtes, il reconnaît la pointe qu'il avait doublé et le nomme cap des Tempêtes. Jean II le rebaptisera cap de Bonne-Espérance. Fin 1488, Bartolomeu Dias entre à Lisbonne.)

Perdus en mer, sur une route décharnée, mer de clous et de rixes dans un si lointain voyage sur les cheveux rouges des vagues. Une nef sur l'océan de cuivre dont les coups de ciseaux a froid ont découpé en lambeaux, en lanière les voiles. Les vivants comptent les morts qui leur ressemblent, ces faces ivoirines, ces mâchoires dévorées par le scorbut. Pas de prières ni d'oraison funèbre...

(Au XVème siècle, les croyances disent qu'après l'horizon il n'y a plus rien. C'est le vide. Pourtant, des européens vont trouver le courage de naviguer au-delà de cet horizon. Ils découvriront l'Afrique australe et ce nouveau continent qu'est l'Amérique.)

S'il n'y a plus rien, alors la poésie peut commencer, derrière l'horizon qui est derrière le vide. Lorsque toutes les preuves se sont effondrées et qu'il ne reste plus que le courage de dire.

" Terre ! Terre ! " mais, ce n'est qu'un mirage d'îles, nuage qui se détache au ras des flots, des fantômes d'arbres, des volutes de lianes de vent, des éboulis d'air et des sources d'embruns. La terre est ailleurs, à moins qu'elle n'ait disparu, engluée dans la nasse immense du vide.

(La connaissance de la Terre est quelque peu erronée pour les européens du Moyen-age. Pourtant, dès le IIIème siècle avant Jésus-Christ, un grec, Eratosthène fait des mesures précises de la rotondité de la Terre. Les invasions européennes des siècles suivants font oublier ses avancées antiques. Elles contribuèrent à répandre l'idée que la Terre est plate et qu'au bout de ce que nous voyons des mers, c'est le vide. Ainsi le monde connu des européens est limité à la Méditerranée, avec plus au nord la Scandinavie (au delà c'est le grand froid) et au plus au sud l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient (plus bas c'est la chaleur insupportable).

Il y a forcement quelque part en soi un espace où le poème peut prendre pied. Une " Terra incognita " en laquelle un souffle, une respiration " inventent " la géographie de ce voyage duquel personne ne reviendra indemne

(Au début de la Renaissance, le courant humaniste entraîne un regain d'intérêt pour les écrits des anciens Grecs. En 1406, l'une de ces traductions concerne un ouvrage de Ptolémée titré la Géographie et dans lequel il affirme que la Terre est ronde et présente une façon de construire des cartes par projection. Dans cet ouvrage il propose un atlas en vingt sept cartes. Comme Ptolémée se trompe dans le calcul de la circonférence de la Terre, les Européens du XVème siècle en déduisent des erreurs , situant le Japon où se trouve en fait la Californie.)

La rotondité de la terre appelle celle de la poésie lorsque celle ci affirme qu'elle est le dernier lieu, la dernière croyance et le dernier espace de liberté dans un monde devenu irrémédiablement désenchanté

(En même temps que les connaissance géographiques, la technique évolue également. Les arabes introduisent l'aiguille aimantée servant à indiquer le pôle magnétique. Celle-ci sera améliorée par les italiens qui inventent la boussole. Pour se repérer en pleine mer, les portugais vont adapter un ancien appareil pour en faire l'astrolabe. Ce dernier permet de mesurer l'angle entre un astre (souvent l'étoile polaire) et l'horizon. A l'aide de tables astronomiques, le navigateur peut ainsi déterminer sa latitude.)

Superstition ! Malédiction ! La pluie s'éteint, le vent cesse de couler, la mer resserre son étreinte collante. Tout est devenu immobile, terriblement immense dans le puits du silence. La terre de quelque part doit bien venir vers nous...

(L'Europe a connu au XIVème siècle des évènements qui ont décimé sa population (guerres, peste en 1348). Le Portugal qui est plus épargné par ces maux est la première nation à se lancer dans de telles aventures. C'est un petit pays comptant beaucoup d'habitants et qui a besoin de s'approvisionner à l'extérieur. De plus, le commerce en reprise dans toute l'Europe, réalisé en or dont le circuit commercial est contrôlé par les arabes, pousse les portugais à vouloir s'approvisionner directement aux sources, en évitant les intermédiaires.)

Eanes, pourtant avant nous est passé, doublant Bojador, le cap des mystères. Mais, nous nous sommes enlisés dans le ruissellement rouge des sables du silence croulant des barrières de la côte africaine. Perdus au large nous ne bougions plus.

(C'est pour des motifs économiques que les expéditions se réalisent. Après l'or, ce sont les épices qui poussent les européens à naviguer sur les mers. Très prisées par les classes aisées qui en consomment beaucoup, ces dernières sont chèrement achetées à l'Inde. De plus, en 1453, Constantinople tombe aux mains des turcs, hostiles aux chrétiens, coupant la route terrestre d'approvisionnement en épices...)

Nous ne bougions plus, l'Afrique nous tendait ses soies, ses ors, le poivre et le musc. Pourtant, nous ne bougions plus...

(C'est le Portugal, qui le premier, se lance dans ces expéditions à l'assaut de l'inconnu. Les premières expéditions sont financées par le prince Henri jusqu'en 1460. Il désire explorer les côtes de l'Afrique, au sud du Maroc, pour récupérer l'or du Soudan.)

Ah si la côte enfin nous arrivait sous la voile, avec le vent bleu des promesses. Revenait comme prière depuis longtemps oubliée, que mot à mot l'on se rappelle. Une terre même pelée par la gale où poser le pied par la grâce du roi Jean II.

(A la mort du prince Henri en 1460, c'est son neveu; Alphonse V qui poursuit ses ambitions. Ayant un sens plus accru des avantages économiques à en retirer, en 1469, il concède des licences d'exploitation et de commerce à Fernao Gomes mais sous conditions. Ce dernier va au-delà de l'embouchure du Niger. Alphonse V en profite pour lancer plusieurs campagnes à l'intérieur du continent africain contre les souverains musulmans.)

Le 21 septembre 1532, nous quittâmes San Miguel par la porte du sud, en direction de Caxamarca. Nous voulions vaincre avant tout ! Comment ? Nous l'ignorions encore!

(En 1481, Jean II monte sur le trône. Les expéditions atteignent la Namibie et l'Angola. En 1487, Bartolomeu Dias atteint les côtes de l'actuel Angola. Longeant les côtes, il se dirige vers le sud pour découvrir les terres les plus australes de l'Afrique qu'il atteint pratiquement en quelques mois. Au retour, il découvre la pointe sud de l'Afrique qui est nommée Cap de Bonne Espérance par Jean II en 1488.)

Nos maigres rangs s'éclaircissaient à l'approche de la ville où se tenaient le souverain et ses hordes fanatiques. Quatre jours d'indécision au pied de la cordillère, sans que nulle force ne vint étoffer notre
escouade.

(En 1500, Pedro Alvares Cabral aborde le Brésil qui devient possession portugaise. Il se rend ensuite en Afrique, à Calicut où il lutte contre les marchands musulmans.)

Nous balancions tour à tour entre la tentation de fuir et l'appât des découvertes. Jusqu'ici, nous résistions, dans la moiteur étouffante et les fièvres, dans l'horreur du sang versé, happés par l'immensité du vide, l'immensité du nombre de nos ennemis et la soudaineté meurtrière de leurs embuscades.

(Les portugais, cherchant à maîtriser le commerce aux Indes mais par l'est, ne montent pas d'expéditions vers l'ouest. C'est l'Espagne qui se lance dans cette aventure. Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille accepteront de financer l'expédition de Christophe Colomb en 1492. Ce dernier cherche une route vers les Indes mais en passant par l'ouest.)

Personne ! Personne ne vint pour nous affermir. Alors, commença à germer l'impossible. Sans renfort pour nous épauler, sans plus attendre commença l'escalade des Andes.

(Christophe Colomb part le 3 août 1492, avec trois caravelles et quatre vingt dix hommes d'équipage. Le 12 octobre il atteint une île qu'il baptise San Salvador. Il accoste à Cuba le 26 octobre. Il croit qu'il est au Japon (appelé Cipango à l'époque). Le 6 décembre il arrive à Haïti.)

Vents ! Vents hurlants sur les dalles vertigineuses de la mort. Chaque pas nous délivre, chaque pas est un cri.

(Les découvertes de Christophe Colomb ne rapportent pas en terme de richesses (épices, or) toutes les promesses. Délaissé par le roi d'Espagne, ses biens confisqués, il doit retourner en Espagne. Il meurt en 1506.)

Lutte, lutte d'équilibristes qui refusent les gouffres. Les cités d'or brillent dans l'ardeur des lointains, sous la mer uniforme des nuages que nous surplombons. Nous tiendrons, rocs de glace vivante encore, sur les hauteurs chaussées de froid, dans les repaires du condor.

(Amerigo Vespucci parle en 1504 de terres explorées comme "d'un nouveau monde". On commence à douter du fait que les territoires découverts par Christophe Colomb soient l'Asie. C'est en l'honneur de Vespucci que l'allemand Waldseemüller l'appelle Amérique, lui en attribuant à tort sa découverte.)

Plus haut ! Plus haut, toujours, encore. La cordillère nous aspire, nous enserre, nous retient de son étreinte terrifiante dans l'air raréfié des sommets.

(Grâce à Magellan, il n'y a plus à avoir de doute. Ce dernier, portugais, accusé de malhonnêteté, propose ses services à l'Espagne.)

Orages, neiges, glaciers nous dérochent, lézardent notre raison, érodent notre avance. Les piments de l'air fouillent nos poumons et nos doigts se consument sous les lampes multiples du gel.

(Il part le 20 septembre 1519 avec cinq navires et deux cent soixante hommes. Le 21 octobre 1520, il découvre le détroit qui porte aujourd'hui son nom (entre la pointe sud de la Patagonie et la Terre de feu). Son expédition dure trois ans. Elle coûte de nombreuses vies dont celle de Magellan, tué en avril 1522. En septembre 1522, les rescapés, au nombre de dix huit, rentrent à Séville. Son expédition a cependant permis de découvrir le dernier océan inconnu et de faire le tour du monde.)

Les candélabres de l'aurore raniment notre marche délabrée, ses lueurs nous ravivent et ses ors nous tourmentent. Le disque du soleil nous rappelle à la vie qui nous avait oublié.

(Les découvertes de Christophe Colomb font de l'Espagne une puissance coloniale rivalisant avec le Portugal. Le traité de Tordesillas, signé en 1494, permet de définir une ligne de démarcation. Elle passe à 2000 km à l'ouest des îles du Cap-Vert. L'Espagne aura les terres à l'ouest de celle-ci, le Portugal à l'est.)

Altiplano ! Ponts de lianes jetés au-dessus des abîmes. Retenir nos chevaux au bord des précipices et des roches branlantes, tailler les escaliers abrupts qui font défaut dans les murailles sonores grêlées des diamants noirs du verglas.

(Les espagnols souhaitaient conquérir les terres américaines pour y trouver de l'or. Ils se confrontent à des civilisations, les Aztèques au Mexique, les Incas au Pérou. C'est Hernan Cortes qui investit le Mexique entre 1519 et 1521. Pour le Pérou, ce sont Francisco Pizarro et Diego de Almagro qui en feront la conquête entre 1532 et 1537.)

L'empire se désagrège dans les désordres de la succession. Nous craignions quelque piège. Les forteresses sont vides. Où sont les quarante mille guerriers du Seul-Inca qui balayeraient, comme fétu, soixante fantassins et les quarante cavaliers qui me restent!

(Ces conquêtes entraînent la disparition de ces civilisations. Près de 95% de la population disparaît. Certes, ces conquêtes donnent lieu à des actes de violences, voire d'atrocité. Mais toutes ces pertes ne peuvent leur être uniquement imputées. En effet, les conquérants ne souhaitent pas détruire ces peuples, ayant besoin d'eux pour extraire les richesses convoitées. La cause probable de cette lourde perte démographique serait plutôt l'introduction involontaire par les européens de maladies infectieuses telles que la grippe, le rhume, la rougeole ou la variole. Le système immunitaires des peuples américains ne sont pas efficaces contre celles-ci. Ces maladies toucheront principalement les enfants. Devant ce déficit de main d'oeuvre, les espagnols recourent à la traite des noirs, les emmenant en Amérique.
Ces découvertes entraînent des évolutions dans la pensée européenne, ces derniers rencontrant d'autres civilisations. De même, ils découvrent une nouvelle flore, une nouvelle faune et des cieux dans l'hémisphère sud abritant des astres jamais vus dans l'hémisphère boréal (comme les nuages de Magellan par exemple qui sont des galaxies satellites de la Voie Lactée). Toutes ces découvertes mettent à mal les théories établies de cette époque.)

Je venais parler d'une question sous-jacente de l'écriture poétique, de ce qui la sous-tend. Nous pourrions parler sans trop dévier de notre route d'un voyage des Grandes découvertes et des grands vents le souffle qui mène à condition d'en prendre le risque au large de soi-même. Mais, quel pourrait bien en être l'objet, sinon une tentative démesurée de se comprendre, de se regarder au-delà ? Avec quels outils ?
Existe t'il au-delà des formes, des formules et du sens une communauté de l'écriture poétique et dans la diversité une unité? Je le crois volontiers, avec des nuances cependant. Ce n'est pas dans la qualité au fond qu'il faut chercher les éléments moteurs de communauté de l'écrit, je ne suis d'ailleurs pas critique, mais bien sur dans la thématique. C'est pourquoi j'ai intitulé ce passage " De l'inquiétude en poésie "
Lecteur attentif je vois bien que seule la forme renouvelle le fond. Car il y a un véritable tronc commun qui est une adresse de soi au monde pour l'interroger en miroir, savoir s'il porte les mêmes stigmates, mêmes doutes, mêmes douleurs, s'il parle la même langue d'inquiétude pour passer, traverser.

l’alphabet des limites

by

Landreau Philippe



Je vous écrirai des poèmes pyracanthes ciselés dans des langues scalènes puisque le matin est tombé avant que la nuit ne vienne délimiter son empire à grands remuements d’araires. Tout est dans ce bruit de clefs, d’alènes, les ciseaux des cornes de brumes déchirant les sillages des silences, tout, les outils luisants dans la démence des pénombres et la musique. La musique, je vous interdit de parler des oiseaux, nous sommes dans les branches des mathématiques, au cœur des équations et vous comptez sur vous-même pour aller au-delà d’une barrière de séracs qui vous habite. Vous êtes le lieu et le chiffre.

Et moi je déshabille lentement les momies grinçantes du réel. Il n’y a plus de liquide amniotique dans la boite de vitesse, les arbres viennent à ma rencontre, je freine et le disque est usé, il crie des chants anciens pour arrêter les saisons. Mais la pluie est plus vaste de feuilles luisantes et de verglas alors je me retourne et devant c’est derrière et je ne comprends plus rien. Il faudrait que j’apprenne l’alphabet des limites.

Voilà le poète il range ses pyramides dans le désordre absolu. Mon voisin le cordonnier boit l’eau de la fontaine, ce simple geste de saisir mousse jusque dans ses yeux. Je ne sais rien alors j’imagine un monde plus vaste et qui tiendrait debout, dans ce dérèglement de fuite entre les doigts, du sens contenu dans la fluidité des rivières.

Quelqu’un ouvre la porte, je demande comment ? puis je réponds, puisque je le sais « il n’y avait pas de porte ». Donc je savais, à défaut de l’ouvrir, comment construire l’obstacle. Si je peux forger la serrure, je possède la clef. Je suis la maison même, son toit de tuiles rouges et de feuilles d’ardoises pour écrire l’épaisse rondeur, la flasque gibbosité, les graisses et les lymphes du temps. Je savais, mais je n’avais pas d’emprise. Ce que je déchire ne me rends pas plus fort, je remaille mes colères, je tisse, je m’enfonce, je signe, je signe, j’annonce des scarifications, des tatouages : Le serpent sur le muscle s’insinue dans les veines jusqu’au champ sous la lune rousse ou les mots sont brûlés pour que demain en ces écobuages revienne encore un peu questionner les soleils.